Peut-on lire dans ses selles à quelle vitesse on vieillit ?
Le microbiome évolue bel et bien avec l'âge et est lié à certains risques pour la santé, mais un test de vieillissement fiable fondé sur l'analyse des selles n'existe pas encore pour un usage clinique courant.
Le microbiome intestinal se modifie de façon mesurable avec l'âge. Une revue systématique portant sur 27 études montre que la composition des bactéries intestinales diffère entre jeunes adultes, personnes âgées de 60-80 ans et grands vieillards (80+). Certaines espèces bactériennes augmentent avec l'âge, d'autres diminuent. Toutes ces études étant des photographies à un instant donné, aucun lien de causalité ne peut encore être établi.
À partir de 55 espèces bactériennes liées à l'âge et détectées dans les selles, des chercheurs ont calculé ce qu'ils appellent un « âge microbiomique » : un score indiquant à quel point ta flore intestinale paraît « vieille » par rapport à ton âge civil. Ce modèle a été validé auprès de plus de 4 400 personnes. Chez les personnes de plus de 60 ans en mauvaise santé métabolique (obésité, glycémie élevée), un âge microbiomique plus élevé était associé à un risque de maladies cardiovasculaires accru jusqu'à 117 %. Il s'agit toutefois d'une association : rien ne prouve encore qu'agir sur son microbiome réduirait ce risque.
Des travaux mécanistiques éclairent aussi la façon dont les bactéries intestinales influencent le vieillissement. Une bactérie intestinale spécifique (Clostridium sp.) produit davantage d'acide phénylacétique en vieillissant, une molécule qui accélère la détérioration des vaisseaux sanguins. Des études sur la souris ont confirmé cet effet sur le vieillissement vasculaire. Parallèlement, l'acétate, une molécule protectrice fabriquée par d'autres bactéries intestinales, diminue avec l'âge. Reste à savoir si ces résultats sont transposables à des traitements chez l'humain.
L'analyse des selles présente également un potentiel diagnostique. Une méta-analyse regroupant 8 études a identifié 29 espèces bactériennes systématiquement surreprésentées dans les cas de cancer colorectal ; les chercheurs impliqués déclarent toutefois des intérêts commerciaux, ce qui invite à nuancer l'interprétation. Des travaux menés auprès de près de 800 patients atteints de cancer montrent par ailleurs que certains profils du microbiome peuvent prédire qui bénéficiera d'une immunothérapie. Dans la maladie de Parkinson, des anomalies du microbiome ont également été observées, mais les résultats se contredisent en partie et la question cause-effet reste entière.
En résumé, l'analyse des selles n'est pas un test de vieillissement fiable que tu peux réaliser chez toi. Les associations identifiées sont prometteuses, mais aucun test cliniquement validé fondé sur le microbiome n'est encore disponible pour un usage courant.
Basé sur une revue systématique (27 études), une large cohorte chinoise (plus de 10 000 participants, validation sur 4 425 échantillons), des travaux mécanistiques suisses (humains et souris), une méta-analyse sur le diagnostic du cancer colorectal (768 patients, intérêts commerciaux déclarés) et deux revues systématiques/méta-analyses portant respectivement sur l'immunothérapie (808 patients) et la maladie de Parkinson (26 études). Toutes les études sont de nature associative, à l'exception des recherches mécanistiques sur l'animal (causalité probable).