Pourquoi dort-on moins bien en vieillissant, et les hormones jouent-elles un rôle ?
La dégradation du sommeil avec l'âge est bien documentée et résulte de plusieurs causes, notamment des changements cérébraux et, chez les femmes, de la ménopause. Les hormones jouent un rôle, mais souvent de façon indirecte, notamment via les bouffées de chaleur ; un traitement hormonal n'est donc pas une réponse universelle.
Le vieillissement entraîne des changements mesurables dans le sommeil, même chez des personnes par ailleurs en bonne santé. Le sommeil paradoxal (phase REM) diminue, le sommeil devient moins efficace, l'endormissement prend plus de temps et la durée totale de sommeil se raccourcit. Ce ne sont pas des plaintes isolées : ces constats reviennent systématiquement dans la littérature scientifique, et s'aggravent encore en cas de déclin cognitif ou de maladie d'Alzheimer.
Une partie de l'explication vient du cerveau lui-même. Les structures cérébrales qui régulent le sommeil se modifient avec l'âge. Le système glymphatique, le réseau d'élimination des déchets que le cerveau active pendant le sommeil, fonctionne aussi moins efficacement. C'est préoccupant, car un mauvais sommeil et la dégradation cérébrale se renforcent mutuellement : le sommeil perturbé accélère le déclin cognitif, qui à son tour détériore davantage le sommeil.
Les hormones interviennent, mais de façon plus nuancée qu'on ne le croit souvent. Chez les femmes, la ménopause est le point hormonal le mieux documenté. La chute des œstrogènes et de la progestérone s'accompagne d'une hausse des troubles du sommeil, mais les chercheurs soulignent que ce lien est moins direct qu'il n'y paraît. Beaucoup de ces troubles passent par les bouffées de chaleur qui perturbent les nuits, et non par l'action directe des hormones elles-mêmes. Cette distinction compte, car elle conditionne en partie l'utilité d'un traitement hormonal. Plus largement, les bouleversements hormonaux liés au vieillissement sont mentionnés comme une pièce d'un tableau plus vaste, aux côtés de l'inflammation chronique de bas grade et des modifications du métabolisme énergétique cellulaire, mais la façon dont ces facteurs agissent concrètement sur le sommeil reste mal élucidée.
Un facteur comportemental concret que l'on sous-estime souvent : les adultes plus âgés sont plus sensibles à la caféine que les plus jeunes. La même tasse de café de l'après-midi allonge davantage le temps d'endormissement et réduit plus fortement l'efficacité du sommeil chez une personne de soixante ans que chez une personne de trente ans. La caféine est ainsi l'une des variables les plus faciles à ajuster pour améliorer son sommeil.
Fondé sur plusieurs revues et méta-analyses portant sur le sommeil et le vieillissement (PMID 28384471, 35886309, 37957525), une revue sur la ménopause et le sommeil (PMID 18313505), une revue générale sur le vieillissement (PMID 38790068) et une étude sur la caféine et le sommeil chez les adultes plus âgés (PMID 26899133).