Que fait le tabac sur ton âge biologique ?
Le tabac accélère de façon mesurable le vieillissement biologique des poumons, du système immunitaire et de l'appareil reproducteur. Arrêter de fumer permet d'inverser une partie de ces dommages, parfois totalement après dix ans.
Le tabac accélère nettement le vieillissement des cellules pulmonaires. Dans le tissu pulmonaire des fumeurs et des personnes atteintes de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), des protéines endommagées s'accumulent dans de petites vésicules intracellulaires, car le système de nettoyage naturel de la cellule ne fonctionne plus correctement. Ce schéma ressemble étroitement à ce qu'on observe dans des poumons vieillissant normalement. L'ampleur de ces accumulations est liée à la sévérité de l'emphysème pulmonaire, aussi bien dans les études sur cellules qu'à partir de tissu humain.
Le tabac laisse aussi une empreinte mesurable sur l'ADN, sous forme de modifications épigénétiques. Ces marquages chimiques sur l'ADN contrôlent quels gènes sont actifs ou non, et servent d'indicateurs du vieillissement biologique. L'exposition au tabac est associée à des modifications sur plus d'une centaine de loci géniques dans les cellules immunitaires. Il s'agit d'une association, non d'un lien causal démontré, et l'étude ne portait pas exclusivement sur des fumeurs de tabac. Cela s'inscrit néanmoins dans un tableau cohérent : le tabac accélère l'horloge biologique.
Les effets sur le système immunitaire sont concrets. Les fumeurs atteints de psoriasis, une maladie inflammatoire de la peau, répondent significativement moins bien aux immunothérapies modernes que les non-fumeurs : la probabilité d'une bonne réponse au traitement chute d'environ 20 % chez les fumeurs actuels comme chez les anciens fumeurs. Cela indique que le tabac modifie durablement le système immunitaire, même après l'arrêt.
Les effets sur la fertilité sont documentés sur plusieurs fronts. Le tabac dégrade la qualité des ovocytes et des spermatozoïdes, augmente le risque de fausse couche et d'accouchement prématuré, et réduit le poids de naissance de 150 à 300 grammes chez les enfants nés à terme. Arrêter de fumer réduit sensiblement ces risques. Il en va de même pour la pneumonie bactérienne : le risque augmente proportionnellement à la quantité fumée, mais après dix ans d'arrêt, il rejoint celui des personnes n'ayant jamais fumé. Arrêter est donc bénéfique, même après de nombreuses années de tabagisme.
Les données sur le vieillissement des cellules pulmonaires reposent sur des combinaisons d'études sur tissu murin et humain, sans grands essais cliniques randomisés. Les modifications épigénétiques concernent l'exposition au tabac au sens large, pas uniquement la cigarette. Les résultats sur la fertilité proviennent d'un article de synthèse plus ancien. Les effets immunitaires observés chez les patients atteints de psoriasis sont issus d'études observationnelles.