Fumer peut-il endommager ton système immunitaire de façon permanente ?
Fumer endommage le système immunitaire de façon structurelle, et ces dommages peuvent être durables, surtout en cas de tabagisme prolongé. Arrêter aide de manière démontrée, mais un rétablissement complet n'est pas possible pour tout le monde.
Fumer attaque le système immunitaire par plusieurs mécanismes simultanés. Il déclenche une inflammation chronique, inhibe certains compartiments des défenses, perturbe l'équilibre des molécules de signalisation et provoque des dommages à l'ADN au point que le corps fabrique des anticorps contre ses propres tissus. Cette combinaison rend le tabac nocif non seulement pour les poumons, mais pour l'ensemble du système de défense.
Un exemple concret : les cellules de défense des poumons (les macrophages) exposées simultanément à la fumée de cigarette et à des bactéries meurent d'une façon particulièrement délétère. Les débris cellulaires libérés entretiennent alors une inflammation chronique, tandis que la réponse rapide aux infections ralentit. Les fumeurs sont ainsi plus vulnérables aux infections pulmonaires. Chez les personnes atteintes de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), ce processus est encore plus avancé : leurs cellules immunitaires sont épuisées et partiellement neutralisées, au point que les poumons peinent à combattre les infections.
Fumer augmente aussi le risque de maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde et le lupus, et aggrave celles qui existent déjà. Cet effet est plus marqué chez les personnes génétiquement prédisposées. Par ailleurs, des enzymes activées par le tabac dégradent l'armature structurelle des tissus, pendant que le stress oxydatif (un déséquilibre entre molécules agressives et défenses antioxydantes) surcharge le système de protection cellulaire. Il peut en résulter des lésions durables, même si l'on arrête de fumer plus tard.
Le caractère permanent des dommages dépend fortement de la durée et de l'intensité du tabagisme. Arrêter de fumer est la démarche la plus efficace pour stopper la dégradation et une récupération partielle est possible, mais chez les fumeurs invétérés de longue date, un rétablissement complet n'est pas garanti. Tout le monde ne développe pas de complications sévères : la survenue d'une BPCO dépend aussi de la génétique et d'autres facteurs. Mais le système immunitaire de chaque fumeur est affecté, à des degrés divers.
Ces affirmations s'appuient sur huit publications (PMID 18037930, 38007509, 26595735, 21842370, 26250491, 32065107, 24554606, 12195843). Le lien causal entre tabagisme et dysfonctionnement immunitaire dans la BPCO est solidement étayé ; les autres associations (maladies auto-immunes, dommages permanents, récupération après l'arrêt) sont jugées probablement causales, mais reposent sur des preuves modérées.