Le Covid-19 a-t-il des effets durables sur le système immunitaire ?
Le Covid-19 produit des effets durables et mesurables sur le système immunitaire, y compris chez des personnes qui ne souffrent pas de Covid long. L'ampleur des conséquences pour la santé à long terme varie d'une personne à l'autre et n'est pas encore entièrement comprise.
Les lymphocytes T (cellules de défense) restent actifs dans plusieurs organes, au moins deux ans après l'infection. Une étude portant sur 24 participants l'a montré grâce à un scanner capable de détecter les cellules immunitaires en activité. Fait marquant : ce phénomène concernait aussi bien les personnes souffrant de symptômes persistants que celles qui se sentaient complètement rétablies.
Après un Covid-19, certaines cellules immunitaires voient leur composition modifiée durablement. Dans une cohorte de 101 patients rétablis en Tanzanie, les lymphocytes B (qui produisent les anticorps) et les cellules NK (qui éliminent les cellules endommagées) présentaient des différences mesurables plus de six mois après l'infection. Chez les personnes ayant fait une forme grave, ces modifications étaient plus prononcées. De plus, leurs lymphocytes T réagissaient plus fortement à des agents pathogènes totalement différents du coronavirus, ce qui indique que le système immunitaire a été reconfiguré de façon large, et pas seulement ciblée contre ce virus.
Le Covid long s'accompagne de perturbations supplémentaires. Une étude transversale menée sur 275 participants a détecté des taux d'anticorps plus élevés contre le virus Epstein-Barr chez les patients atteints de Covid long, comparés à des témoins rétablis. Cela pourrait signifier que ce virus dormant se réactive après un Covid-19. Plusieurs revues de littérature décrivent également des cellules immunitaires épuisées, une inflammation chronique de bas grade (faible mais persistante), des lésions des parois vasculaires et des signes d'auto-immunité, c'est-à-dire un système immunitaire qui s'attaque aux propres tissus de l'organisme. Chez cinq patients atteints de Covid long, de l'ARN viral a été retrouvé dans le tissu intestinal jusqu'à près de deux ans après l'infection. L'échantillon est trop petit pour en tirer des conclusions générales, mais ce résultat s'inscrit dans l'hypothèse selon laquelle le virus se dissimule dans les tissus et continue d'activer le système immunitaire.
La sévérité de la maladie joue un rôle. Une petite étude (24 personnes) a observé, un an après l'infection, des réponses mémoire immunitaires plus marquées chez les personnes ayant fait une forme grave. Celles qui avaient eu peu ou pas de symptômes présentaient des réponses plus faibles. Dans la même cohorte tanzanienne, la vaccination après une infection non grave a nettement relevé les taux d'anticorps, même si les effectifs restent limités.
La plupart de ces résultats sont issus d'études observationnelles et de revues de littérature. Les relations de cause à effet ne sont pas encore pleinement établies. L'ampleur des conséquences cliniques à long terme, et pour qui le risque est le plus élevé, reste une question ouverte.
Plusieurs études et revues de littérature non indexées spécifiquement ; aucun essai randomisé ni méta-analyse. Les échantillons sont en partie très restreints (n=5 à n=275). La causalité est plausible mais non pleinement démontrée pour l'ensemble des effets. Niveau de preuve : limité à modéré.