Ton cerveau vieillit-il plus vite que le reste de ton corps ?
Que ton cerveau vieillisse plus vite que le reste de ton corps dépend de ta situation personnelle, mais les conséquences sont importantes : un cerveau biologiquement vieux multiplie par plus de trois le risque d'Alzheimer. Surveiller ta tension artérielle, ton sommeil et ton mode de vie reste ce qui influe le plus clairement sur le vieillissement cérébral.
Le cerveau ne vieillit pas au même rythme que le reste du corps, mais tout dépend de la personne. Une étude portant sur plus de 50 000 individus montre que le vieillissement biologique n'est pas un processus continu et régulier : il s'accélère par pics, vers 41, 60 et 67 ans. Pour le cerveau spécifiquement, ces accélérations surviennent à 57, 70 et 78 ans, chaque pic ayant ses propres mécanismes sous-jacents, comme l'inflammation ou la baisse des capacités de réparation cellulaire.
Près d'une personne sur cinq possède un organe qui vieillit biologiquement beaucoup plus vite que les autres. Le cerveau et les vaisseaux sanguins se distinguent particulièrement : un vieillissement accéléré de ces deux organes prédit le développement de la maladie d'Alzheimer aussi bien que le meilleur test sanguin actuellement disponible pour cette maladie. Les personnes dont le cerveau est biologiquement "vieux" ont plus de trois fois plus de risque de développer Alzheimer dans les 17 années suivantes. Cet effet est comparable au fait de porter une copie du gène APOE4, le facteur de risque génétique le mieux documenté.
L'inverse est tout aussi vrai : un cerveau biologiquement jeune protège fortement. Les personnes qui cumulent un cerveau jeune et un système immunitaire jeune ont plus de deux fois moins de risque de mourir prématurément que celles dont ces deux organes sont biologiquement vieux. Sur les onze organes étudiés, le cerveau et le système immunitaire sont les deux meilleurs protecteurs. Les autres organes ne montrent pas ce schéma dans la même mesure.
Le vieillissement cérébral commence tôt dans la vie et s'accompagne d'une perte de volume mesurable, d'un amincissement du cortex et d'une dégradation des faisceaux de fibres nerveuses. Ces changements sont en eux-mêmes normaux, mais ils s'inscrivent sur un continuum qui mène aux maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. L'âge reste le principal facteur de risque : une personne de 65 ans sur dix est atteinte d'Alzheimer, et la probabilité augmente encore avec les années.
La question de savoir si l'on peut agir sur ce processus reste largement sans réponse. L'urolithine A, une molécule produite par certaines bactéries intestinales à partir de grenades et de noix, améliore la fonction musculaire chez les personnes âgées dans des essais cliniques et protège le cerveau dans des études animales. Mais aucun résultat clinique chez l'être humain ne concerne encore le cerveau, et plusieurs auteurs de ces travaux ont des liens commerciaux avec le fabricant du produit. Il est donc impossible de tirer des recommandations concrètes pour ralentir le vieillissement cérébral à partir des données disponibles.
Toutes les conclusions reposent sur des études d'association (études de cohorte et analyses protéomiques). Aucun essai clinique randomisé n'a porté sur des interventions ciblant spécifiquement le vieillissement cérébral. Les modèles basés sur les protéines plasmatiques sont prometteurs, mais n'ont pas encore été largement validés en pratique clinique.