Boire beaucoup d'alcool fragilise-t-il les os ?
Une consommation excessive et chronique d'alcool fragilise les os de façon démontrée et augmente sensiblement le risque de fracture de la hanche ; pour la santé osseuse, aucun niveau de consommation supérieur à deux verres par jour ne peut être considéré comme sans risque.
Une consommation excessive et prolongée d'alcool abîme les os, principalement du côté de leur construction. L'alcool freine les cellules chargées de fabriquer du nouveau tissu osseux, et ce de façon proportionnelle à la dose : plus tu bois, moins tes os se renouvellent. Chez les personnes dépendantes à l'alcool, cette fabrication est mesurable ment plus faible que chez celles qui ont arrêté de boire, alors que la dégradation osseuse, elle, diffère à peine.
À partir de trois verres standards par jour, le risque de fracture de la hanche grimpe de 33 % par rapport aux non-buveurs. À quatre verres par jour, ce risque est déjà 59 % plus élevé. C'est ce que montre une grande méta-analyse portant sur près d'un quart de million de personnes. L'alcool est donc reconnu comme facteur de risque indépendant d'ostéoporose (perte de densité osseuse), indépendamment des autres habitudes de vie néfastes.
L'alcool nuit aussi aux os par des voies indirectes. Les personnes alcoolodépendantes mangent souvent mal (notamment trop peu de vitamine D), bougent moins, ont des taux d'hormones sexuelles plus bas et un taux plus élevé de cortisol, l'hormone du stress. L'ensemble de ces facteurs accélère la perte de masse osseuse. En cas de fracture, la cicatrisation est également plus lente, et les études animales montrent que le tissu osseux reconstitué est moins solide et moins bien minéralisé.
Le tableau est moins tranché pour une consommation légère, jusqu'à deux verres par jour. Certaines études observent chez les buveurs légers une densité osseuse légèrement supérieure au niveau de la hanche et de la colonne vertébrale par rapport aux abstinents, peut-être en raison d'un effet hormonal. Mais cette densité un peu plus élevée ne se traduit pas par une réduction démontrée des fractures. Ce n'est donc pas une raison de boire pour protéger tes os.
Les effets du binge drinking (absorption de grandes quantités d'alcool en peu de temps) chez les jeunes restent très peu documentés. Ce schéma de consommation est mentionné comme préoccupant dans plusieurs revues de littérature, mais les preuves concrètes sur ses conséquences osseuses font largement défaut.
Ce texte s'appuie sur sept revues de littérature et une grande méta-analyse (environ 240 000 participants pour le risque de fracture, près de 47 000 pour la densité osseuse). Les effets directs sur les cellules osseuses reposent sur plusieurs revues ; les chiffres de fractures proviennent d'une seule grande méta-analyse (PMID 35162537). Les preuves concernant le binge drinking chez les jeunes restent limitées.